L’actualité politique est à nouveau dominée par les deux plus gros débiteurs du Sénégal : Abdoulaye Wade et Idrissa Seck. Le premier doit à ses mandants les titres prestigieux de Président de la République, de Chef des Armées, de Président du Conseil supérieur de la magistrature et que sais-je encore. Le second, très tôt extirpé de l'ignorance et de la misère par la société, doit à ses concitoyens les étiquettes pérennes d'ancien ministre, d'ancien Premier ministre et celle, toujours actuelle, de maire d'une de nos plus grandes villes, Thiès. Tout porte à croire que tous les deux, particulièrement insatisfaits d'avoir été si bien traités par les Sénégalaises et les Sénégalais, nous doivent aussi beaucoup d'argent. Plusieurs dizaines de milliards de nos francs chacun, selon les derniers écrits snobés par les vrais faux libraires.
Décidés de ne jamais restituer à leurs mandants un peu de ce qu'ils leur doivent, les deux messieurs se jouent à nouveau de leurs concitoyens à la suite du match, sans arbitre, de ping-pong amateur auquel ils se livrèrent plus de trois ans durant. Ce match de nuls nous agaçait pendant que les protagonistes nous regardaient dans les yeux. Et quand, enfin, l'heure du bilan et de la révocation a sonné, des personnes comme vous et moi croient que leur pays n'a plus les moyens de les renvoyer définitivement à la périphérie déserte, lot de celles et de ceux qui, pressentis pour une grande histoire, en firent une de très petite en dépit des moyens colossaux mis à leur disposition.
« Elément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l'attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d'informations insignifiantes ». Quelques-unes des méthodes de la diversion sont la création de problème et l’offre de solutions autrement inacceptables pour le grand public, le recours au « dégradé », qui est une application progressive d’une mesure impopulaire, l’utilisation du « différé », l’adoption d’un ton infantilisant, l’appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion, le maintien du public dans l’ignorance et la bêtise, l’encouragement du public à se complaire dans la médiocrité, le remplacement de la révolte par la culpabilité, la connaissance des individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes, etc. « La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s'intéresser aux connaissances essentielles, dans tous les domaines (…) ».
« L’info sans infos » constitue, elle, un des thèmes associés à la diversion. « Quand, par exemple, l'information véritable est remplacée par les sujets anecdotiques, les micro-trottoirs, et les reportages insignifiants sur la vie quotidienne... ».
« Comment retrouver, dans le cadre de l’État moderne, une possibilité de libre discussion et de réelle mise en commun des problèmes de la collectivité ? ». C'est la question que tout le monde se pose maintenant. « En l’absence de normes absolues ou transcendantes, c’est sur le débat, et en particulier le débat politique, que doivent reposer les décisions fondamentales ». Cependant, pour bon nombre de personnes, une élection est la seule forme de participation politique qui soit, la seule façon tangible de se faire entendre comme citoyen dans une société démocratique. Il est donc extrêmement important que le processus électoral soit perçu comme équitable et qu’il réponde aux attentes du public. Mais plutôt que de susciter le débat sur le processus, le pouvoir concocte un calendrier fantaisiste que les partenaires reconnus (opposition et société civile) refusent d'endosser. « La fin programmée de la démocratie » est annonciatrice d’un ordre tyrannique. En effet, « nous vivons (…) un changement radical du type de régime politique (…), avec l'avènement d'un nouveau pouvoir, celui des réseaux [mafieux]. Voici les raisons pour lesquelles nous pouvons dire que nous ne sommes déjà plus (...) en démocratie » au Sénégal.
« Par quel aveuglement [Abdoulaye Wade et Idrissa Seck] s’obstinent-ils à ne pas reconnaître l’obsolescence [de leur jeu], son décalage avec des conditions inédites jusque-là, sa violence perpétrée au nom d’un Etat désincarné ? » « Le droit au désaccord et la désobéissance civile sont (…) pour tout individu doté d’une conscience, un devoir ».
Et l’échec du recel politique perpétré par Ousmane Tanor Dieng (Parti socialiste) et Abdoulaye Bathily (Ligue démocratique) en s’alliant avec Idrissa Seck rend plus actuelle encore la réflexion du dernier des patriotes (Mamadou Dia) : « La démocratie sénégalaise n’est pas fille des temps modernes ; elle est enfant légitime de nos traditions sublimées dans des luttes historiques. Ceux qui tentent de lui substituer le produit altéré de leur alchimie politicienne oublient que les faits sont têtus et font, seuls, l’Histoire ». « Le recentrage de l'action sur les tâches politiques et non sur les ambitions personnelles moraliserait la vie politique et ferait redécouvrir les vertus de la rectitude et de l’intransigeance ».