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Chronique nationale

Mercredi 24 janvier 2007

L’actualité politique est à nouveau dominée par les deux plus gros débiteurs du Sénégal : Abdoulaye Wade et Idrissa Seck. Le premier doit à ses mandants les titres prestigieux de Président de la République, de Chef des Armées, de Président du Conseil supérieur de la magistrature et que sais-je encore. Le second, très tôt extirpé de l'ignorance et de la misère par la société, doit à ses concitoyens les étiquettes pérennes d'ancien ministre, d'ancien Premier ministre et celle, toujours actuelle, de maire d'une de nos plus grandes villes, Thiès. Tout porte à croire que tous les deux, particulièrement insatisfaits d'avoir été si bien traités par les Sénégalaises et les Sénégalais, nous doivent aussi beaucoup d'argent. Plusieurs dizaines de milliards de nos francs chacun, selon les derniers écrits snobés par les vrais faux libraires.

Décidés de ne jamais restituer à leurs mandants un peu de ce qu'ils leur doivent, les deux messieurs se jouent à nouveau de leurs concitoyens à la suite du match, sans arbitre, de ping-pong amateur auquel ils se livrèrent plus de trois ans durant. Ce match de nuls nous agaçait pendant que les protagonistes nous regardaient dans les yeux. Et quand, enfin, l'heure du bilan et de la révocation a sonné, des personnes comme vous et moi croient que leur pays n'a plus les moyens de les renvoyer définitivement à la périphérie déserte, lot de celles et de ceux qui, pressentis pour une grande histoire, en firent une de très petite en dépit des moyens colossaux mis à leur disposition. La Rencontre africaine des droits de l'homme (Radho) parlait de médiation pour apaiser les esprits surchauffés, oubliant nos droits à nous tous à la santé, à l'éducation, à la formation, au travail, à un environnement sain, au logement, à l'information et aux loisirs. Les médias, eux, happés par la diversion, oublient l'itinéraire honorable des honnêtes gens. Les « retrouvailles » des deux joueurs en disent long sur la bourde partagée.

« Elément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l'attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d'informations insignifiantes ». Quelques-unes des méthodes de la diversion sont la création de problème et l’offre de solutions autrement inacceptables pour le grand public, le recours au « dégradé », qui est une application progressive d’une mesure impopulaire, l’utilisation du « différé », l’adoption d’un ton infantilisant, l’appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion, le maintien du public dans l’ignorance et la bêtise, l’encouragement du public à se complaire dans la médiocrité, le remplacement de la révolte par la culpabilité, la connaissance des individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes, etc. « La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s'intéresser aux connaissances essentielles, dans tous les domaines (…) ».

« L’info sans infos » constitue, elle, un des thèmes associés à la diversion. « Quand, par exemple, l'information véritable est remplacée par les sujets anecdotiques, les micro-trottoirs, et les reportages insignifiants sur la vie quotidienne... ».

« Comment retrouver, dans le cadre de l’État moderne, une possibilité de libre discussion et de réelle mise en commun des problèmes de la collectivité ? ». C'est la question que tout le monde se pose maintenant.  « En l’absence de normes absolues ou transcendantes, c’est sur le débat, et en particulier le débat politique, que doivent reposer les décisions fondamentales ». Cependant, pour bon nombre de personnes, une élection est la seule forme de participation politique qui soit, la seule façon tangible de se faire entendre comme citoyen dans une société démocratique. Il est donc extrêmement important que le processus électoral soit perçu comme équitable et qu’il réponde aux attentes du public. Mais plutôt que de susciter le débat sur le processus, le pouvoir concocte un calendrier fantaisiste que les partenaires reconnus (opposition et société civile) refusent d'endosser. « La fin programmée de la démocratie » est  annonciatrice d’un ordre tyrannique. En effet, « nous vivons (…) un changement radical du type de régime politique (…), avec l'avènement d'un nouveau pouvoir, celui des réseaux [mafieux]. Voici les raisons pour lesquelles nous pouvons dire que nous ne sommes déjà plus (...) en démocratie » au Sénégal.

« Par quel aveuglement [Abdoulaye Wade et Idrissa Seck] s’obstinent-ils à ne pas reconnaître l’obsolescence [de leur jeu], son décalage avec des conditions inédites jusque-là, sa violence perpétrée au nom d’un Etat désincarné ? »  « Le droit au désaccord et la désobéissance civile sont (…)  pour tout individu doté d’une conscience, un devoir ».

Et l’échec du recel politique perpétré par Ousmane Tanor Dieng (Parti socialiste) et Abdoulaye Bathily (Ligue démocratique) en s’alliant avec Idrissa Seck rend plus actuelle encore la réflexion du dernier des patriotes (Mamadou Dia) : « La démocratie sénégalaise n’est pas fille des temps modernes ; elle est enfant légitime de nos traditions sublimées dans des luttes historiques. Ceux qui tentent de lui substituer le produit altéré de leur alchimie politicienne oublient que les faits sont têtus et font, seuls, l’Histoire ». « Le recentrage de l'action sur les tâches politiques et non sur les ambitions personnelles moraliserait la vie politique et ferait redécouvrir les vertus de la rectitude et de l’intransigeance ».

Par Abdoul Aziz DIOP
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Samedi 27 janvier 2007

Sous prétexte de rendre aux femmes tous leurs droits politiques, trois hommes (Idrissa Seck, Ousmane Tanor Dieng et Abdoulaye Bathily) octroient les premières places à trois femmes (Awa Guèye Kébé, Aminata Mbengue Ndiaye et Khoudia Mbaye Seydi) sur la liste de l'Alliance «Jamm-i» (« La Paix ») en vue des législatives. En s'autoproclamant présidentiables, les trois chefs de partis confinent leurs collaboratrices à la députation. Ce partage, injuste, ne résiste pas à l'analyse de contenu du discours de deux autres militantes (Aïssata Tall Sall et Aminata Tall), toutes deux enclines à une éthique politique, supérieure, qui consacre l'intérêt général au détriment des ambitions personnelles des parrains. Ces derniers en rajoutent en soumettant les femmes à la reconnaissance d'une aumône intéressée pendant que d'autres femmes, sous d'autres cieux, prennent les décisions dont dépend l'avenir de nations entières.

Interrogée par La Voix , la socialiste Aïssata Tall Sall dit avoir «la ferme conviction que c'est par la politique que l'ordre des choses changera» et souhaite «y aller avec la claire conscience qu'on peut apporter quelque chose, non seulement du point de vue de la réflexion, mais du point de vue même de la prospective» sans oublier «qu'une fois qu'on est projeté dans cette prospective (...) on se donne les moyens de pouvoir la mettre en application (...)». Histoire, pour elle, de ne pas «obérer la marche du parti vers ce qui est sa raison d'être, la satisfaction de l’intérêt général». Dans des propos un peu moins structurés, sa camarade de parti Aminata Mbengue Ndiaye distille une conception tout aussi remarquable de la politique et du politique. Selon la présidente du Mouvement national des femmes socialistes, «la politique est pourrie pour les gens pourris». «Les gens qui viennent en politique le font avec leur caractère, avec leurs défauts, leurs qualités...», assène-t-elle. «Quelqu'un, assure-t-elle, qui ne fait pas une politique saine, c'est parce que dans la vie de tous les jours, il ne mène pas une vie saine». Se fondant sur «des valeurs à défendre», Aminata Mbengue Ndiaye conclut que «ce n'est pas parce que je suis en politique et que je veux quelque chose, que je dois mentir aux gens». En dépit de l'éthique commune, les deux militantes socialistes achoppent, au sein de leur formation, sur ce que Mme Sall qualifie, «sur le plan du débat», de «déficit énorme». «(...) Je suis, précise-t-elle, d'accord que ce déficit de débat ou de prise en charge des questions d'intérêt national amènent justement à individualiser certaines têtes au sein du Parti socialiste parce que l'ensemble du parti n'est pas visible dans l'espace public, alors qu'il faut des cadres du Parti socialiste qui débattent et rendent le parti visible dans l'espace public sénégalais». Pour cause de déficit, irréfutable, de débat,  les deux femmes politiques se soumettent à une direction qui leur impose, sous prétexte qu'aucun parti politique ne gagne seul une élection au Sénégal, une alliance avec ce que Mme Sall appelle «un pur produit - [en l'occurence Idrissa Seck] - du système de Abdoulaye Wade», qui «a sa grande part de responsabilité dans le pouvoir libéral». Ousmane Tanor Dieng a vu juste en qualifiant le septennat de Wade de «désastre moral, économique et social», mais son alliance avec Idrissa Seck n'augure pas un changement de cap. Plutôt pétrie de qualités intellectuelles qu'elle ne touve peut-être pas chez Idrissa Seck, Aïssata Tall Sall, elle, confie le sale boulot au maire de Thiès : «décrire le système de Abdoulaye Wade (...) sutout dans ses défaillances (...)» et «faire partir» l'ancien mentor. Le calcul (politicien) écorne l'idée que la militante socialiste, astreinte le temps d'une élection, à la fonction de femme politique soumise, se fait de la théorie et de la pratique politique qu'elle partage avec la non moins soumise Aminata Mbengue Ndiaye. 

Mais deux autres femmes politiques le sont peut-être plus. Il s'agit de la vice-présidente Awa Guèye Kébé et de la célèbre inconnue Khoudia Mbaye Seydi de la Ligue démocratique (Ld). Mme Kébé, elle, s'est, autant qu'elle le peut, accrochée à Abdoulaye Wade. «Le président, concédait-elle à la rédaction de L'Observateur, ne veut pas travailler avec moi. Cela, c’est clair. C’est lui-même qui a pris l’initiative de me faire sortir du gouvernement et de m’en signifier les raisons. Je pense qu’il ne veut plus travailler avec moi et ce n’est pas réellement un problème. Maintenant, s’il m’appelle en tant que citoyenne, je vais répondre». Le président ne fera pas appel à la citoyenne avant longtemps. La soumission est la contrepartie de la promesse d'un pouvoir imminent sans partage auquel Awa Guèye Kébé devait, jusqu'à une date récente, les barbecues nocturnes et les financements faciles de pseudo-projets d'amies. En terrain inconnu, Mme Seydi doit se soumettre aux contraintes d'une formation accélérée à l'école de la compromission pour la revanche sur Wade.

Pour Aminata Tall, une autre femme politique dans le collimateur des nouvelles «alliées» de la saison électorale qui s'ouvre sous peu, «il est plus juste, vis-à-vis des Sénégalaises et des Sénégalais, une fois qu'on est investi de leur confiance, de s'oublier un peu, même si on n'a pas toujours la nature de s'oublier, de se sacrifier au profit des autres».«Il faut, ajoute-t-elle, que nous apprenions, chacun de nous, à taire ces ambitions ou ces prétentions personnelles pour se tourner vers l'intérêt général, l'intérêt de la République, l'intérêt des populations, l'intérêt du Sénégal (...)». Aminata Tall partage cette philosophie politique avec Aïssata Tall Sall, mais on dit d'elle qu'elle est insoumise.

En inscrivant toujours «des retrouvailles entre Wade et Idy» «dans le domaine du possible», Aminata Tall, montrait, avant l'heure, la fragilité d'une alliance qui n'était pas encore née, mais dont deux personnes au moins (Tanor et Idy) susurraient la physionomie sans consulter les femmes. C'est la raison pour laquelle la place qui est la leur sur la liste de l'alliance «Jamm-ji» montre l'hypocrisie politique des hommes. Thiey Le Journal, court mais avisé, invoque «trois diongomas pour charmer l'électorat» après le supplice des congratulations dues aux chefs autoritaires et «bienveillants». Pourtant, partout ailleurs dans le monde, des femmes conduisent des batailles intellectuelles, culturelles et politiques, sanctionnées par des victoires mémorables.

Par Abdoul Aziz DIOP
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