Présentation

Samedi 3 mars 2007 6 03 /03 /2007 18:53

Face à la presse, sitôt les résultats provisoires de l’élection présidentielle du 25 février 2007 proclamés par la Commission nationale de recensement des votes (Cnrv), Abdoulaye Wade a une nouvelle fois prouvé qu’il souffrait, à quatre-vingts ans révolus, d’une très grave immaturité affective en s’en prenant à tous ses adversaires politiques. Dans une communication au niveau bassement matériel, Abdoulaye Wade a distillé, jeudi 1er mars 2007, un message sans équivoque : la nuit continue. Mais la promesse d’une nuit sans interruption n’étonne que celles et ceux qui attendent peu ou prou d’un homme qui n’a rien à offrir qui ne ravisse à l’autre son identité propre. Par identité, il faut comprendre ici tout ce dont un individu dispose dans ses confrontations intellectuelles, politiques et culturelles avec d’autres individus. Abdoulaye Wade – en commençant par la communauté à laquelle il dit appartenir – n’aiment pas les communautés humaines organisées. De la désorganisation de celles-ci dépendent ses « succès» d’aujourd’hui et de demain. Et les explications vont crescendo, qui concernent l’issue du scrutin du 25 février 2007. A notre humble avis, il n’y en a que deux qui tiennent la route : la grande triche sonnante et trébuchante en amont et l’instrumentalisation réussie du «peuple du trou».

La triche est grande dès lors qu’elle correspond au cumul de tout ce qu’un politicien escompte pour conserver le pouvoir sans lequel il n’est plus rien. La refonte totale d’un fichier dont la structure renvoie à une répartition bien connue des voix après les élections de février et mars 2000, avril 2001 et mai 2002 n’aurait jamais dû avoir lieu. En matière d’élection, le fichier qui élit ne s’éloigne pas trop de celui qui révoque. Nous l’avons écrit bien avant le début de l’opération de refonte pour conspuer le montant élevé de la dépense publique (24 milliards des nos francs) et l’altération du bien commun par des préposés (inconditionnels) au sale boulot. De l’éclairage (inachevé) sur la triche et de la vigilance renouvelée dépend la sincérité du scrutin de juin prochain. Les démocrates doivent désormais s’assurer que l’élection à laquelle ils sont conviés en est une avant de pouvoir y participer. Quand la science politique, arrimée à la démocratie, constate la triche après coup, elle constate en même temps la «fausseté» de ses prévisions. Par exemple, lorsqu’un institut de sondage, en connivence avec l’opérateur de téléphonie mobile, place les sondés sous écoute, à l’insu des enquêteurs sur le terrain, le résultat du sondage ne vaut plus rien. Mais le client de l’institut engrange les dividendes de la manipulation de l’opinion.

Pour les démocrates, l’autre challenge concerne le «peuple du trou» à qui nous ne nous adressons pas assez. Le concept n’est pas péjoratif. Il correspond à celles et à ceux avec lesquels nous partageons tout ou presque (domicile, repas, boisson, vêtement, médicaments, argent, etc.). Mais un trou nous sépare d’eux, qui rendent nos sensations différentes en dépit d’une égalité de droit quand arrive le moment de circonscrire un dessein commun. Quand nous sommes si nombreux à tout partager pendant sept longues années, pourquoi devrions accepter la division quand arrive le moment de choisir un président pour cinq nouvelles années ? Nous ne parlons presque jamais politique avec l’employée de maison, le chauffeur, le gardien, le charretier qui livre de la marchandise, le plombier qui passe, le jeune menuisier qui colmate une brèche, la déshéritée du vendredi matin, etc. Ce peuple utile et nombreux à un héros dont il accepte les dérives «courageuses», le vice poussé à l’extrême et la communication au ras des pâquerettes qui les annonce. Le moment venu, il fait le nécessaire et retourne à son trou. Nous devons le tirer de là pour deux raisons : l’amélioration de sa condition et la recherche commune de la vérité à laquelle ne mène aucun chemin depuis mars 2000.

Le jour du vote, les hésitations, de dernière minute, s’expliquent, elles, par la quête d’une identité sur laquelle un citoyen avisé appose un choix éclairé. Ce citoyen ne la trouva nulle part. Ousmane Tanor Dieng n’était plus socialiste. Son alliance avec Idrissa Seck, en vue des législatives, édulcora une relative cohérence idéologique et sema le doute. En faisant de même, Abdoulaye Bathily conforta la thèse d’une «colère plurielle» pour punir Abdoulaye Wade. Les résultats montrent que les électeurs ne s’intéressent que très peu à ce type de colère. Landing Savané reçut une raclée en échange de son génie hypocrite (pour et contre Abdoulaye Wade). Moustapha Niasse, souvent absent du pays pour aider le Congo, perdit des plumes dans une communication farcie de zones d’ombre (deal ou pas avec Wade). Dans ce méli-mélo, le peuple du trou s’aperçut que seul son héros de trente ans savait ce qu’il voulait. Il lui renouvela sa confiance. Dans la mare aux identités saccagées, Abdoulaye Wade s’arrogea la monticule de l’identité sans ménagement (propagande à outrance, déplacement de populations, achat des consciences, triche, etc.). L’éthique en politique est encore payante. Mais le candidat du mouvement «Sellal» («Epoussetage») ne s’en apercevra qu’au terme d’un énorme travail social et politique. La lassitude serait une catastrophe.

Maintenant aux trousses d’Amath Dansokho, de Moustapha Niasse, d’Ousmane Tanor Dieng et d’Idrissa Seck, pour des «affaires» pendantes devant la Justice , Abdoulaye Wade fixe, le samedi 3 mars 2007, en direct à la télé du service public, les termes d’un nouveau deal politique qui absoudrait ses adversaires. Les poursuites s’éteindraient jusqu’au prochain divorce s’ils acceptaient de se joindre au président triomphalement réélu. Inacceptable !

Peut-on honnêtement parler, après le 25 février 2007, de «perdants de l’ombre», longtemps préposés, selon Abou Abel Thiam, au «[formatage] de l’esprit de nos concitoyens» pour en extirper Abdoulaye Wade ? Les deux vies de M. Thiam permettent de répondre. La première est celle du journaliste compétent et perspicace qui s’interrogeait dans les colonnes du quotidien Walfadjri, daté du 15 juin 2004, sur le sérieux qui entourait «l’offensive anti-corruption d’Abdoulaye Wade» en direction des «missions diplomatiques et consulaires du Sénégal à l'étranger». Les bonnes questions de l’ancien journaliste de Walf étaient les suivantes : «Verra-t-on des ambassadeurs, des directeurs de sociétés nationales et autres ordonnateurs de budget, relevés de leurs fonctions et poursuivis, parce qu'ils auront été convaincus de mauvaise gestion, voire de détournements de deniers publics ? Le souci de transparence sera-t-il poussé au point de donner à l'opinion nationale les éléments qui ressortiront de ces enquêtes, pour féliciter les bons gestionnaires et châtier les coupables ? Ou alors, va-t-on vers un goût d'inachevé, si ce n'est un parfum de règlements de comptes politiques, comme cela a été le cas avec les audits de la gestion des sociétés publiques sous le régime socialiste ?» Abou Abel Thiam connaît aujourd’hui les réponses à toutes ces questions, mais il ne répondra à aucune d’elles du fait d’une deuxième vie qui troque le journaliste contre le conseiller en communication du Premier ministre Macky Sall. La dictature médiatique a changé de camp depuis que le politicien a renié le journaliste. L’identité perdue vaut aux «perdants de l’ombre» les injures d’un critique des médias sorti de nulle part. Une chose est sûre : Aucun des «perdants de l’ombre» n’occupera le poste d’Abou Abel Thiam. Préférant la résistance aux assauts d’Abdoulaye Wade contre l’éthique, ces perdants-là savent parfaitement qu’ils ne sont pas au bout de leur peine. Ils ne changeront ni de pays, ni d’avis. Avec chacun des énergumènes du régime requinqué, ils croiseront au besoin le fer.

 

 

Par Abdoul Aziz DIOP - Publié dans : Chronique nationale
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Commentaires

Leçons de la réélection mythique du Président Abdoulaye WADE


 


Abdoulaye WADE est réélu à 55,86% des voix selon les résultats provisoires publiés par la commission nationale de recensement des votes. Cette réélection est d’autant plus mythique que le suffrage de WADE avoisine de 2 points l’incidence de la pauvreté estimée au Sénégal à 54%. Devant l’état de misère sociale, politique et économique du pays, nombreux sont les analystes qui croyaient à l’inévitable 2ème tour à la veille du scrutin. Ils se sont fondés sur le fait que les ménages sénégalais dans leur écrasante majorité sont tenaillés entre les effets conjugués du chômage, de la cherté de la vie, de la crise énergétique, de la prise en otage de la justice  au moment où les scandales financiers se multiplient au plus haut sommet de l’Etat.


 


Pourquoi les sénégalais ont voté WADE?


Le chef de l’Etat a annoncé dans sa conférence de presse du jeudi 1er mars, qu’il va mener une étude  pour comprendre pourquoi les 43,14% des sénégalais n’ont pas voté pour lui. Je lui demanderais aussi de mener la même étude pour savoir pourquoi 1,9 million d’électeurs a porté son choix sur lui.  Les modalités de cette enquête pourraient être : Pourquoi avez-vous voté pour WADE ?


(i)                 Votre appartenance politique (Coalition SOPI) ;


(ii)               Votre intérêt matériel direct (poste, argent reçu, parent bien placé etc.)  ;


(iii)             Le bilan du septennat de WADE,


(iv)             Les promesses électorales de WADE ;


(v)               Votre groupe s’identifie à WADE (confrérie, syndicat, association, corps, famille)


(vi)             Le manque de crédibilité des opposants de WADE


(vii)           La pléthore de candidats ;


(viii)         autre raison.


 


En attendant ces résultats, on peut poser des hypothèses et procéder par élimination. Sur les 3,35 millions de populations qui ont voté dimanche 25 février, 1,9 million a accordé ses voix à Abdoulaye WADE. Je ne pense pas que le 10ème soit membre de la Coalition SOPI.  Donc l’appartenance au parti n’explique pas le vote du 1,7 million restant. Je ne pense pas non plus que WADE et ses partisans aient pu donner directement de l’argent à plus du 10ème de cette majorité. Donc le 1,5 million restant n’a pas voté WADE pour de l’argent qu’ils auraient reçu directement. Ces derniers sont le paysan, la vendeuse de « thiaf », l’enseignant, le cadre supérieur, le jeune ouvrier, le jeune chômeur, le candidat à l’émigration, l’immigré, l’homme de tenue qui n’ont vu que du feu dans le bilan économique et social de WADE. Certains d’entre eux ont profité des augmentations de salaires. Je ne pense pas qu’ils représentent plus du 10ème du 1,5 million. Donc, au moins 1,4 million de sénégalais n’a pas voté WADE à cause de son bilan. En plus, les coupures d’électricité même pendant la campagne électorale, où le gouvernement faisait de son mieux pour cacher ses limites, ont fini de prouver à l’électorat de l’incapacité de WADE de tenir ses promesses.  


 


Supposons que le 10ème de 1,4 million (4% du suffrage de WADE) ait cru aux promesses de WADE, au moins les 38% (environ 1,3 million) ont voté pour d’autres raisons qui n’ont rien à voir avec l’appartenance politique, l’argent distribué, le bilan économique encore moins les promesses électorales. Peut être qu’ils ont voté par esprit de groupe ou bien  parce qu’ils ne se retrouvaient plus dans la pléthore de candidats ou encore ils n’ont pas confiance aux opposants de WADE.


 




Des raisons déterminantes à la réélection de WADE


 


1-      la crédibilité des opposants et la pléthore de candidats


Sur les 55,86 % de WADE, peut être que les 38% (environ 1,3 million d’électeurs) étaient dans l’embarras. Ce sont les indécis. Seuls les 17% seraient des « wadistes » convaincus, parce qu’ils tiraient profit directement de son régime.


 


J’étais de ceux qui pensaient, devant la pléthore de candidats et après les dernières négociations entre Idrissa et WADE que le scrutin du 25 février serait celui de la consigne de vote. Le protocole de rebeuss et surtout celui du palais avaient fini par démystifier Idrissa et toute la classe politique. WADE venait de réussir un sacré coup. Le « jeu d’échecs » entre « LUI et MOI » comme il l’a rappelé dans sa conférence de presse, a tourné en sa faveur. Je demeure convaincu que tous les dés ne sont pas encore jetés. Attendons encore des surprises dans le jeu « LUI et MOI » dans les prochains mois voire les prochaines années. La recherche effrénée de l’estime, du pouvoir et de l’avoir serait la seule constante dans ce jeu. L’essentiel serait de ne pas perdre même s’il faudrait sacrifier la dignité, les compagnons, la foi et même le peuple sénégalais.


 


2-      L’effet groupe qui a fait basculer les 38%


Dans un excellent article, le journaliste Dame BABOU (correspondant de Sud quotidien à New York) a analysé l’effet déterminant que le groupe a joué dans la réélection du Président WADE. Une enquête sérieuse pourrait montrer sa contribution dans les 55,86%.


 


Au niveau local, l’argent aurait été plus un moyen d’acheter la conscience des grands électeurs qui peuvent influencer par leur geste, par  leur comportement ou par leur déclaration les personnes qui s’identifient à eux. Combien de leaders « naturels » (des gens à qui des personnes vouent un profond respect) ont été interpellés pour leur demander à qui voter. Tellement les sénégalais étaient perdus dans leur choix. Ils demandaient en clair des consignes voire des signes qui pourraient les orienter dans leur choix. En 2000, le choix était clair. L’objectif était de faire partir DIOUF et de donner la voix à son adversaire le plus sérieux. La volonté de se débarrasser de DIOUF était plus forte que la volonté de suivre le « ndiguel » du guide. En 2007, le même scénario allait se reproduire après la montée en puissance d’Idrissa Seck qui était vu comme une victime et un redoutable adversaire de WADE.


 


L’effet groupe aurait donc beaucoup contribué au finish. Plusieurs de nos compatriotes ont été très émus par le comportement de WADE vis-à-vis de leur guide. WADE serait à leurs yeux le talibé le plus dévoué de tous parmi les candidats. Par une manipulation astucieuse, son image a été confondue à celle du guide pendant de grands moments de son septennat et mieux à quelques jours voir quelques heures du scrutin, la déclaration du khalif montée en boucle dans la première chaîne de télévision publique du Sénégal, retransmise dans le Net, suivie par des millions de sénégalais de l’intérieur et de la diaspora, auraient fini de créer un penchant « wadophile » dans la conscience de plusieurs talibés.


 


Aussi, beaucoup de sénégalais indécis, déçus par les politiques ou ignorants tout de la gestion du régime actuel ont préféré continuer d’encaisser les erreurs de WADE que de tenter l’aventure avec d’autres qui n’ont aucune chance de gagner. Pourtant, ils étaient nombreux à admirer les discours des candidats comme Cheikh Bamba DIEYE, Me Adma GUEYE ou encore Mamedou Lamine DIALLO.  Je demeure convaincu qu’un Cheikh Bamba DIEYE à la place de Idrissa ,Tanor ou Niass serait au pire des cas au 2ème tour avec WADE.


De nos responsabilités individuelles et collectives


 


Me WADE, en bon avocat, s’est adressé jeudi 1er mars à l’opinion nationale et internationale après la proclamation des résultats provisoires. Il venait de lancer la campagne en direction des élections législatives du mois de juin après avoir « achevé » ses adversaires. Peut être que son rêve serait d’engranger les 150 députés que va compter l’assemblée nationale. Il aura à cet effet un pouvoir absolu sur le Sénégal.


 


Devant la manipulation de la conscience du peuple, il est du devoir de chaque citoyen conscient de cela de résister. Si le régime a réussi son coup, c’est parce que nous sommes individuellement et collectivement responsables.


 


Au niveau des partis politiques, les leaders anciens doivent céder la place aux plus jeunes qui vont mener le combat de la réunification des partis politiques pour donner plus de lisibilité aux électeurs. Mamedou lamine Diallo, Cheikh Bamba DIEYE et Me Adama Guèye devraient se retrouver dans un seul parti, le FSD/BJ par exemple. Ils peuvent changer la dénomination pour donner l’image d’un renouveau en direction des législatives de juin 2007 et des présidentielles de 2012. Ils doivent se lever tôt, travailler aux niveaux national et local.


 


Au niveau de la société civile, on doit s’engager davantage dans la sensibilisation et dans l’éducation des masses sur les politiques économiques et leurs effets. Les citoyens doivent comprendre qu’ils ont le pouvoir sur le Chef de l’Etat et non l’inverse


 


Au niveau de la classe intellectuelle, on doit rompre le silence et engager le vrai débat, descendre à la base pour participer à l’éveil des consciences.


Au niveau des personnalités religieuses, les savants des confréries doivent sortir de leur mutisme. Au nom de la Foi, ils doivent mener le « jihad » contre la manipulation des masses. Ils doivent craindre cette sentence du prophète (paix et Salut sur Lui) : « Si tu vois ma nation craindre d’appeler un injuste un injuste, alors plus rien n’est à espérer d’elle. » Rapporté par Ahmad dans Al-Musnad. Un éminent savant musulman a pu arriver à la conclusion que ce sont les peuples qui fabriquent les pharaons et les tyrans. C’est ce que les gens expriment dans l’adage : « On a demandé à Pharaon : “Qu’est-ce qui a fait de toi un despote ?” Il a répondu : “Personne ne m’a arrêté !” »


C’est le moment de rendre un grand hommage à la presse libre et professionnelle. Le chef de l’Etat a raison de dire que la presse est son seul opposant. Il sait pourquoi lui et ses partisans sautent sur les erreurs de journalistes amateurs et affichent le mépris devant les résultats d’investigations de journalistes professionnels. L’avion présidentiel, les milliards de Taiwan, l’assassinat de Me Babacar SEYE sont autant d’exemples.


 


 


Thierno Birahim LO


Economètre


Citoyen sénégalais.

Commentaire n°1 posté par Thierno Birahim LO le 06/03/2007 à 16h25
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