Samedi 27 janvier 2007
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Sous prétexte de rendre aux femmes tous leurs droits politiques, trois hommes (Idrissa Seck, Ousmane Tanor Dieng et Abdoulaye Bathily) octroient les premières places à trois femmes (Awa Guèye Kébé, Aminata Mbengue Ndiaye et Khoudia Mbaye Seydi) sur la liste de l'Alliance «Jamm-i» («
La Paix ») en vue des législatives. En s'autoproclamant présidentiables, les trois chefs de partis confinent leurs collaboratrices à la députation. Ce partage, injuste, ne résiste pas à l'analyse de contenu du discours de deux autres militantes (Aïssata Tall Sall et Aminata Tall), toutes deux enclines à une éthique politique, supérieure, qui consacre l'intérêt général au détriment des ambitions personnelles des parrains. Ces derniers en rajoutent en soumettant les femmes à la reconnaissance d'une aumône intéressée pendant que d'autres femmes, sous d'autres cieux, prennent les décisions dont dépend l'avenir de nations entières.
Interrogée par
La Voix , la socialiste Aïssata Tall Sall dit avoir «la ferme conviction que c'est par la politique que l'ordre des choses changera» et souhaite «y aller avec la claire conscience qu'on peut apporter quelque chose, non seulement du point de vue de la réflexion, mais du point de vue même de la prospective» sans oublier «qu'une fois qu'on est projeté dans cette prospective (...) on se donne les moyens de pouvoir la mettre en application (...)». Histoire, pour elle, de ne pas «obérer la marche du parti vers ce qui est sa raison d'être, la satisfaction de l’intérêt général». Dans des propos un peu moins structurés, sa camarade de parti Aminata Mbengue Ndiaye distille une conception tout aussi remarquable de la politique et du politique. Selon la présidente du Mouvement national des femmes socialistes, «la politique est pourrie pour les gens pourris». «Les gens qui viennent en politique le font avec leur caractère, avec leurs défauts, leurs qualités...», assène-t-elle. «Quelqu'un, assure-t-elle, qui ne fait pas une politique saine, c'est parce que dans la vie de tous les jours, il ne mène pas une vie saine». Se fondant sur «des valeurs à défendre», Aminata Mbengue Ndiaye conclut que «ce n'est pas parce que je suis en politique et que je veux quelque chose, que je dois mentir aux gens». En dépit de l'éthique commune, les deux militantes socialistes achoppent, au sein de leur formation, sur ce que Mme Sall qualifie, «sur le plan du débat», de «déficit énorme». «(...) Je suis, précise-t-elle, d'accord que ce déficit de débat ou de prise en charge des questions d'intérêt national amènent justement à individualiser certaines têtes au sein du Parti socialiste parce que l'ensemble du parti n'est pas visible dans l'espace public, alors qu'il faut des cadres du Parti socialiste qui débattent et rendent le parti visible dans l'espace public sénégalais». Pour cause de déficit, irréfutable, de débat, les deux femmes politiques se soumettent à une direction qui leur impose, sous prétexte qu'aucun parti politique ne gagne seul une élection au Sénégal, une alliance avec ce que Mme Sall appelle «un pur produit - [en l'occurence Idrissa Seck] - du système de Abdoulaye Wade», qui «a sa grande part de responsabilité dans le pouvoir libéral». Ousmane Tanor Dieng a vu juste en qualifiant le septennat de Wade de «désastre moral, économique et social», mais son alliance avec Idrissa Seck n'augure pas un changement de cap. Plutôt pétrie de qualités intellectuelles qu'elle ne touve peut-être pas chez Idrissa Seck, Aïssata Tall Sall, elle, confie le sale boulot au maire de Thiès : «décrire le système de Abdoulaye Wade (...) sutout dans ses défaillances (...)» et «faire partir» l'ancien mentor. Le calcul (politicien) écorne l'idée que la militante socialiste, astreinte le temps d'une élection, à la fonction de femme politique soumise, se fait de la théorie et de la pratique politique qu'elle partage avec la non moins soumise Aminata Mbengue Ndiaye.
Mais deux autres femmes politiques le sont peut-être plus. Il s'agit de la vice-présidente Awa Guèye Kébé et de la célèbre inconnue Khoudia Mbaye Seydi de
la Ligue démocratique (Ld). Mme Kébé, elle, s'est, autant qu'elle le peut, accrochée à Abdoulaye Wade. «Le président, concédait-elle à la rédaction de L'Observateur, ne veut pas travailler avec moi. Cela, c’est clair. C’est lui-même qui a pris l’initiative de me faire sortir du gouvernement et de m’en signifier les raisons. Je pense qu’il ne veut plus travailler avec moi et ce n’est pas réellement un problème. Maintenant, s’il m’appelle en tant que citoyenne, je vais répondre». Le président ne fera pas appel à la citoyenne avant longtemps. La soumission est la contrepartie de la promesse d'un pouvoir imminent sans partage auquel Awa Guèye Kébé devait, jusqu'à une date récente, les barbecues nocturnes et les financements faciles de pseudo-projets d'amies. En terrain inconnu, Mme Seydi doit se soumettre aux contraintes d'une formation accélérée à l'école de la compromission pour la revanche sur Wade.
Pour Aminata Tall, une autre femme politique dans le collimateur des nouvelles «alliées» de la saison électorale qui s'ouvre sous peu, «il est plus juste, vis-à-vis des Sénégalaises et des Sénégalais, une fois qu'on est investi de leur confiance, de s'oublier un peu, même si on n'a pas toujours la nature de s'oublier, de se sacrifier au profit des autres».«Il faut, ajoute-t-elle, que nous apprenions, chacun de nous, à taire ces ambitions ou ces prétentions personnelles pour se tourner vers l'intérêt général, l'intérêt de la République, l'intérêt des populations, l'intérêt du Sénégal (...)». Aminata Tall partage cette philosophie politique avec Aïssata Tall Sall, mais on dit d'elle qu'elle est insoumise.
En inscrivant toujours «des retrouvailles entre Wade et Idy» «dans le domaine du possible», Aminata Tall, montrait, avant l'heure, la fragilité d'une alliance qui n'était pas encore née, mais dont deux personnes au moins (Tanor et Idy) susurraient la physionomie sans consulter les femmes. C'est la raison pour laquelle la place qui est la leur sur la liste de l'alliance «Jamm-ji» montre l'hypocrisie politique des hommes. Thiey Le Journal, court mais avisé, invoque «trois diongomas pour charmer l'électorat» après le supplice des congratulations dues aux chefs autoritaires et «bienveillants». Pourtant, partout ailleurs dans le monde, des femmes conduisent des batailles intellectuelles, culturelles et politiques, sanctionnées par des victoires mémorables.