Le Sénégal, croit-on savoir, est devenu un pays où plus rien ou presque n’émeut le citoyen qui semble avoir définitivement troqué ses droits contre le confort d’un chef de clan dont la logique du discours et de la gestuel échappe au commun des mortels. L’accoutumance aux impérities de l’homme chaos a même définitivement ravi, aux élites et à leurs organisations, le droit de regard sur les choses de la cité de tous.
«Le plus grand sociologue allemand» de son temps, Max Weber (1864-1920), propose deux définitions – la seconde prolongeant la première- de la politique. Toutes les deux permettent de mieux appréhender le sens de l’humiliation des opposants. « Nous entendrons uniquement par politique, écrit Weber, la direction du groupement politique que nous appelons aujourd’hui "Etat" ou l’influence que l’on exerce sur cette direction ». La précision de Weber vaut le détour : « Nous entendrons par politique l’ensemble des efforts que l’on fait en vue de participer au pouvoir ou d’influencer la répartition du pouvoir (…) entre les divers groupes à l’intérieur d’un même Etat ». On perçoit aisément les germes d’un choc dont la criminalisation, par le pouvoir issu de l’alternance politique de mars 2000, émousse « l’influence » en même temps qu’elle adule « la direction » souvent inexperte et arbitraire des affaires de tous. C’est pourquoi, dans ce cas d’espèce, caractérisé par « le triomphe du modèle mafieux dans l’instance politique », « la légalité, avertit Favoreu, ce n'est pas la conformité à la loi stricto sensu, c’est-à-dire à la règle posée par le pouvoir législatif, mais la conformité à la loi lato sensu, c’est-à-dire à l'ensemble des règles de droit supérieures » que l’on trouve, sous une forme édulcorée certes, dans la constitution sénégalaise – la plus réactionnaire de notre histoire politique- entrée en vigueur dès après janvier 2001.
L’universitaire français Louis Favoreu (1936-2004) fut, de l’avis de ses pairs, « un missionnaire du droit constitutionnel ». Sa « mission (…) devient permanente, au service du droit, contre les hommes politiques, [au pouvoir], qui oublient que La politique, [selon Weber], est saisie par le droit (…), et en faveur de la constitution, règle suprême d'une société démocratique ». Dans une contribution intitulée « Légalité et constitutionnalité » Favoreu écrit : « Moule de la pensée politique et administrative,
Le physicien Jean Bricmont suggère, lui, de tout « insérer (…) dans la chaîne des causes et des effets (…) ». Il faut donc trouver les moyens d’imposer des élections à date due et obliger tout le monde à débattre de la modernité, c’est-à-dire du passage de la légalité à la constitutionnalité, toujours opposable à la prorogation scabreuse du mandat des députés. « L'exigence de constitutionnalité, conclut Favoreu, accroît considérablement l'importance du débat démocratique et renforce le niveau des majorités nécessaires pour adopter des changements affectant la vie de chacun ».
Le Sénégal, qui ne débat plus, n’a vraisemblablement plus rien à faire. Il ne lui reste plus qu’à jeter, à intervalle régulier, ses hommes politiques, même républicains, ses journalistes et ses intellectuels en prison, au « bénéfice » exclusif de l’homme chaos. Ce dernier ne doit son sursis qu’à la première démocratie sans élections. Une chose est sûre : « Qui regarde toujours, pour savoir la suite, n’agira jamais, et tel doit bien être le spectateur ». C’est l’auteur de
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