Présentation

Mercredi 21 février 2007 3 21 /02 /2007 03:10

Les Sénégalais sont appelés aux urnes le 25 février 2007 pour trancher le débat de l’élection présidentielle la plus courue de l’histoire politique de leur pays. Quinze candidats briguent les suffrages d’hommes et de femmes, jeunes ou moins jeunes, pour –disent-ils – soulager le pays de son sous-développement et du pillage de ses ressources par le président sortant sur fond d’inféodation des institutions de la République et de crise des libertés publiques. A moins d’une semaine du scrutin, des voix s’élèvent, qui confortent l’idée d’un vote utile, agitée pour extorquer des suffrages et laminer le candidat dont les choix et la détermination à les traduire en actes, une fois élu, correspondent à l’enjeu principal du scrutin de dimanche prochain. Une clarification s’impose donc, qui privilégie le respect dû aux citoyens.

Lorsque la démocratie est en danger, le vote utile vise la limitation de la dispersion des voix entre un grand nombre de candidats pour permettre aux démocrates de l’emporter. Par exemple, le vote aurait été utile en France si les voix de gauche avaient empêché au candidat de l’extrême droite de participer au second tour de l’élection présidentielle de 2002. Le socialiste Lionel Jospin ne participa pas au deuxième tour pour cause d’émiettement des voix du peuple de gauche. Au Sénégal, l’émiettement n’aura pas lieu du fait de la formation d’un électorat plutôt indécis, la plupart des électeurs se demandant pour qui voter pour doter le pays de bons dirigeants après la grande valse des scandales politico financiers et les traumatismes créés.

Pour la première fois au Sénégal, l’enjeu d’une élection présidentielle est moral. Persuadés que leur pays s’en sortira avec des dirigeants intègres, les Sénégalais sauront choisir. Les indécis, toujours plus nombreux, n’appartiennent pour le moment à personne. « Le jeu n’est [donc] pas de figurer ». « Le but est d’être au deuxième tour et de le gagner ».

 

Par Abdoul Aziz DIOP - Publié dans : Chronique nationale
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Samedi 3 février 2007 6 03 /02 /2007 23:25

Un modèle démocratique possède à la perfection certaines caractéristiques qui, à la longue, servent d'objet d'imitation. Quand il fonctionne dans la transparence, ce modèle peut valoir au pays des alternances pacifiques et des avancées substantielles dans les domaines de l'économie, du progrès social et du rayonnement culturel. A l'inverse, un contre modèle rend les alternances incertaines. Ces dernières installent, quand elles se réalisent, des personnels criminels dans les grands centres de décision (présidence de la République, gouvernement, chambres parlementaires, système judiciaire, assemblées locales, universités, grandes entreprises des secteurs stratégiques des mines, des télécommunications, de l'eau, de l'électricité, etc.). Si l’alliance «Jamm-Ji» (« La Paix »), concoctée par le Premier secrétaire du Parti socialiste Ousmane Tanor Dieng, le Secrétaire général de la Ligue démocratique/Mouvement pour le parti du travail Abdoulaye Bathily et le Président de l’ex Front (sabordé) pour le progrès et la justice Idrissa Seck, résistait à l’assaut du président sortant Abdoulaye Wade et remportait les élections législatives de juin prochain, le recel politique triompherait du contre modèle actuel pour le restaurer avec d’autres.  

Le recel ne se limite pas au fait de «garder (...) une chose volée par un autre». Le fait de «cacher quelqu'un pour le soustraire à la justice» est aussi du domaine du recel. Depuis peu, ce second aspect du délit de recel trouve son application en politique. Deux camps -celui du président Wade et celui, virtuel, de son ancien Premier ministre Idrissa Seck - s'accusaient mutuellement de détournement de deniers publics à grande échelle et d'enrichissement illicite. En l'absence de démenti formel, assorti de preuves d'inculpabilité, de part et d'autre, la sagesse recommande toujours aux citoyens de renvoyer les deux camps dos à dos et de demander que justice soit faite. Dans ce contexte, nous appelons coalition du recel toute coalition de partis amenée par l’un des camps. Le choix d'un camp consacre le recel politique.

Chef de l'opposition, Abdoulaye Wade théorisa, dans Un destin pour l'Afrique, le «compromis historique de la contribution», qui est une «trêve» entre le pouvoir établi et les élites. Les termes du compromis (libre expression, sécurité des cadres et confiance de ces derniers au président élu) achoppent, dès l'accession au pouvoir, sur de nouvelles dispositions constitutionnelles qui rendent le président Wade incapable «de se dégager, ainsi qu'il l'écrivait lui-même, des coteries, de s'élever au-dessus de la mêlée et d'être un véritable arbitre (...)». Au bout de sept ans d'exercice du pouvoir, l'opposition est persuadée qu'une large coalition viendrait à bout de son régime. Les conditions de la naissance d'une coalition du recel sont réunies lorsque la fixation sur une arithmétique électorale l'emporte sur la rédaction et la vulgarisation d'un programme alternatif crédible autour duquel se cristallise le plus grand nombre d'électeurs. Persuadé d’en être le chef, Idrissa Seck bricole l’alliance Jamm-Ji. Tanor et Bathily,  tentés par une contribution financière qui leur faciliterait la campagne électorale face au mammouth, l'accueillent avec le sourire du receleur adossé à l'impunité. Les « retrouvailles » Wade/Idy correspondent exactement à l’épisode des receleurs dépouillés de leur butin par le scénariste d’un feuilleton hideux qui dura sept ans. Après avoir manœuvré pour séparer l’élection présidentielle des législatives dangereuses pour lui, Abdoulaye Wade trouva l’espace pour un deal plus alléchant qu’une majorité parlementaire composite et incertaine.

Obligé de constater la défection sans ambiguïté du maire de Thiès, Abdoulaye Bathily se demande «comment peut-on s'allier avec quelqu'un qui retourne dans la maison que nous voulons détruire et raser». Il n’est pas plus vertueux que le pseudo allié à qui il attribua le sale boulot avec l’argent volé du contribuable sénégalais. Wade qui gagne depuis plus de trente ans à toutes les loteries politiciennes se frottent les mains après avoir ravi à chaque joueur le préjugé favorable des sondeurs sans institut de sondage. «La coalition Jamm Ji combat Wade. Donc, Idrissa Seck qui est retourné au [Parti démocratique sénégalais du président Wade] n'a plus de place chez nous», explique Ousmane Tanor Dieng. Après sept ans d’opposition «républicaine» ponctuée de réflexions sur la gauche, à laquelle il dit appartenir, le libéralisme et le désastre créé par l’hyperpuissance, Tanor paie le prix fort d’une soudaine paresse politique et d’un calcul amateur digne d’un débutant. Il doit des comptes à son parti et des excuses à son camarade Abdoulaye Wilane. Ce dernier, attaqué lors d’une séance de travail du Bureau politique du Parti socialiste pour avoir critiqué Idrissa Seck, partage la même rancœur avec au moins deux autres membres influents de la direction du  Parti socialiste : Khalifa Sall et Aminata Mbengue Ndiaye. Tanor récompensa sa camarade Aïssata Tall Sall du poste de porte-parole du candidat à l’élection présidentielle pour sa contribution à la théorisation de l’alliance avec Idrissa Seck. Ils se mordent tous les deux les doigts. Sous d’autres cieux, ils paieraient de leurs postes l’humiliation d’un «grand parti» par un imposteur.

Dans le régime actuel de confusion des pouvoirs, l’élection présidentielle est la plus importante de toutes les élections. Les intentions claironnées de séparation des pouvoirs en cas de victoire ne suffisent pas à rassurer le citoyen. Quatre candidats (Abdoulaye Wade, Ousmane Tanor Dieng, Abdoulaye Bathily et Idrrissa Seck) les rassurent d’autant moins qu’ils font des arrangements de bas étage un moyen d’ascension et de conservation politique contre la société.

Par Abdoul Aziz DIOP - Publié dans : Chronique nationale
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L'Auteur

Abdoul Aziz DIOP est diplômé de l’Ecole doctorale régionale africaine (EDRA) de droit et de science politique de l’Université Cheikh Anta DIOP (UCAD) de Dakar. M. DIOP enseigne l’« Analyse de contenu du discours politique » à l’Institut supérieur des sciences de l’information et de la communication (ISSIC) de Dakar. Il est l’auteur du recueil de chroniques Nous avons choisi la République et de plusieurs dizaines d'articles de journaux parus dans les quotidiens Walfadjri, Le Matin, Sud Quotidien et les hebdomadaires Le Devoir et La Voix.  Son dernier ouvrage, sous presse, s'intitule Le Deal des politiciens : les citoyens face au double jeu.

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